Lundi 13 novembre 1702, Maître Mathieu PERNELLE, originaire de Trun (61), décède durant l'après-midi à Chamboy (61) où il avait exercé la profession de notaire royal. Sa volonté était d'être inhumé à Trun, sa ville natale. Le curé de Trun vint donc de bon matin à pied jusqu'au bourg de Chamboy situé à 7 kilomètres. Alors qu'arrivé au domicile du défunt il prenait les dispositions nécessaires à l'accomplissement de ses dernières volontés, le corps fut discrètement enlevé et rapidement enterré... à Chamboy. Le curé de Trun raconte l'affaire dans son registre paroissial...
Acte de décès de Maître PERNELLE dans le registre de Chamboy (page 61)
Protestation du curé dans le registre de Trun (page 145)
Retranscription (imparfaite)
"Veu le decez arrivé de la personne de Me mathieu pernelle vivant notaire a chamboy et neantmoins originaire de ce bourg arrivé au dit lieu de chamboy le lundy apres midy treizeesme jour de novembre mil sept cents deux environ la nuit par marche nous francois Cressey prestre Curé de trun nous attant transporté dans le dit bourg de chamboy le lendemain quatorze du mesme mois sur les sept heures du matin aux fins de donner advis au Sieur Curé de la ditte paroisse que le dit deffunt avoit chosi le lieu de la sepulture de son corps dans nostre Eglise paroissiale, et que conformement a la'ch... de la derniere volonté a cet effet passé devant Me thomas seloy au dit trun le 31 octobre dernier par le quel le dit deffunt a fait Vne fondation de huict messes hautes a chanter par chacun an a perpetuite a diacre et a soutz diacreavec deux portes chappes et autres services y contenus aux charges aussi d'en libera et autres prieres accoutumées sur la famille du dit deffnt et specialement les heritiers desirants accomplir son dessein, l'auroient requis de disposer toutes a cette fin obeissant payer les droits accoutumez au dit sieur curé de chamboy, et nous estant acquitte des dits devoirs le sus dit acte a la main pour luy justiffier la requisition du dit deffunt, par protestation de porter nos plaintes ou il appartiendra sur le refus que le dir sieur curé et les ecclesiastiques du dit lieu de chamboy faisoiant de consentir aux sus dittes propositions ; ... les dits offres et que le clergé de nostre eglise avec le corps de la charité astoient advertis et dans la disposition de venir assister au convoy et de transporter le corps du dit deffunt au dit lieu de son decez en celui de sa naissance chosi pour sa sepulture, nous leur aurions fait dessenses an haro de faire la levée du dit corps, a quoy la dit sieur curé nayant en rien defforé non plus que les dits ecclesiastiques, et au contraire ayant subreptissement fait la ditte levée du dit corps de la salle ou il estoit, sans aucunement chanter jusque dans l'Eglise du dit bourg de chamboy a une heure ... et prematurée des la matin, pendant que nous estions dans un autre ... du domicile du dit deffunt pour disposer toutes choses pour un convoy general dans les ceremonies accoutumées avant mesme que le luminaire fût prest et que nostre dit clergé avec la charité fussent arrivez, en sorte que par la precipitation de la ditte sepulture faicte contre l'ordre avant les vingt quatre heures du moment du dit decez qui ne devaient expirer que sur kes cinq a six heures de soir, le corps du dit deffunt ayant esté neantmoins inhumé avant midy, et nous ayant supprimé aux uns et aux autres les moyens da satisfaire aux charges de la ditte fondation et derniere volonté du dit deffunt sieur pernelle e ce cas, et nos dists Ecclesiastiques joints au corps de la ditte charité ayant trouvé le tout fait de la maniere qu'il est exposé cy dessus sur les onze heures a midy qu'il y firent leur accez, Ils furent aussi obligez, apres avoir appris que la dite sepulture avoit esté ainsi faicte dans la dite Eglise de chamboy par l'antreprise des dits sieurs curé et ecclesiastiques du dit lieu, y ayant prealablement fait leurs prieres an corps pour le repos de l'ame du dit deffunt de se ratirer ainsi que nous, sauf a porter nos plaintes de l'attentat par aux fait au prejudice de l'Intention des dits parens conformément a la volonté et au dasir du dit deffunt portez par la dit acte, et de la deffunte sus dite en haro par nous ... pour emplescher qu'il en fût eté autrement, a quoy nous nous reservons et a en faire nos diligenes ou et ainsi qu'il appartiendra, en foy de quoy nous sus dit curé de trun avons signé le present avec nos ecclesiastiques et autres de ce dit bourg pour ... presens.
Signatures : CRESTENS, TABAR, HENRI"

24 juillet 2008

En recherchant l'acte de naissance de Jean Emile Marie PONT, né le 31 décembre 1892 à Saint-Pierre-Quilbignon, celui-ci s'avère introuvable. Pourtant, la table récapitulant les naissances de l'année indique bien sa naissance, bien qu'elle semble avoir fait l'objet d'un rajout ultérieur.
Une recherche dans les actes du début de 1893 s'avère tout aussi infructueuse. L'hypothèse est donc qu'une page du registre a été probablement déchirée, ou qu'un feuillet ajouté à la fin du registre a été égaré.
La base de données RECIF nous fournit alors la réponse à cette énigme: la transcription de la naissance a tout simplement été oubliée ! Elle sera retranscrite bien plus tard, le 28 novembre 1894, par décision du tribunal civil de première instance de Brest, dans son jugement rendu le 15 novembre.
Il y est notamment indiqué "que cette ommission est due à la négligence des personnes qui entouraient l'exposante au moment de l'accouchement - que cet enfant a été cependant baptisé le jour de sa naissance à la paroisse de Saint Pierre Quilbignon - qu'il y a le plus grand intérêt pour l'exposante à ce que cet enfant ait un état civil."
Notons que Jean Vincent PONT, maître fourrier et père du nouveau né, est décédé deux mois avant la naissance, le 29 octobre 1892 d'une crise d'épilepsie.
3 octobre 2009
Au cours de mes recherches, il m'arrive de rencontrer des personnes ayant reçu la Légion d'Honneur. Des informations sur certaines d'entre elles peuvent être trouvées dans la base de données LEONORE du Ministère de la Culture.
26 avril 2010
Ménagers ou laboureurs, quelques ancêtres ont vécu des événements familiaux dans des manoirs bretons. Connaître la vie de ces manoirs permettrait de connaître un peu la vie de ces personnes...
La famille Yves GOURTAY x Jeanne MAO habite au manoir en 1750, 1751, 1764, 1767.
Aucune trace de ce manoir sur le web.
La famille Gabriel François KERBRAT x Marie BRETON habite au manoir en 1745 et en 1766.
Le Marquis de POULPRY est parrain de Gabriel François.
Gabriel François décède au Manoir de Keravel en 1766.
La famille Claude LABBE x Jeanne QUEMENER habite au manoir en 1693.
Lors de leur mariage en 1692, Claude LABBE est ménager au manoir de Kerallan. Est-ce le même manoir ?
Jeanne QUEMENER est ménagère au manoir de Larhantel lors de son mariage en 1692 avec Claude LABBE.
La famille Alain POULIQUEN x Marie CREN habite au manoir en 1672, 1674, 1675,
La famille Alain POULIQUEN x Marie CREN habite au manoir en 1675.
Est-ce le même manoir que celui de Kerviliner ?
La famille Maurice BRETON x Catherine MINGAM habite au manoir en 1672, 1680, 1682, 1686.
8 septembre 2009
Le mardi 16 octobre 1917 Paul Etienne PEYSONNIE, avocat général à la Cour de Cassation prononce un discours faisant mémoire des défunts, en terminant son discours par celle d'Alexis BALLOT BEAUPRE, premier président de cette cour de 1900 à 1911, décédé à Paris le 16 mars de cette même année.
Ce discours est téléchargeable sur le site de la Cour de Cassation.

Monsieur Alexis Ballot-Beaupré,
Tout ce que je pourrai dire de monsieur le premier président Ballot-Beaupré restera au-dessous de ce que vous pensez. L’incarnation du droit, c’était lui ! Certes, il a eu des successeurs :
... primo avulso, non deficit alter aureus.
Après lui, vous avez continué à rendre des arrêts impeccables ; les siens demeureront d’inoubliables modèles.
Il était né en 1836, dans l’île de la Réunion. Ses études de droit furent particulièrement brillantes. En 1857, à vingt et un ans, il obtenait le premier prix de droit français à la faculté de Paris. En 1860, il était nommé en même temps que maître Barboux, secrétaire de la Conférence des avocats, sous le bâtonnat de Jules Favre.
En 1862, il débutait dans la magistrature comme substitut à Montbrison ; en 1867, il était substitut à Marseille ; en 1872, Procureur général à Bastia ; deux ans après à Nancy, et l’année suivante Premier président. En 1882, il était nommé conseiller à la Cour de cassation.
Il suffit de lire les notes que lui donnaient ses chefs pour constater que, dans tous les postes qu’il a occupés, sa haute valeur s’est affirmée. Esprit très fin et très droit, brillant talent d’audience avec une inlassable activité, de la prudence, du tact, on le considérait partout comme un magistrat incomparable. Un de ses présidents d’Assises disait de lui, en 1864, alors qu’il avait vingt-huit ans : « Il expose et discute les affaires avec cette haute raison philosophique qui est le caractère distinctif d’un homme supérieur…Il peut devenir un des organes les plus éloquents du ministère public… ».
Ses trois années de première présidence à Nancy le révélèrent encore plus remarquable comme magistrat du Siège qu’il n’avait été comme magistrat du Parquet. Lorsqu’il fut nommé, en 1882, à la Cour de cassation, il siégea à la chambre des requêtes dont, en 1899, il devint le président. Le 2 octobre 1900, il était élevé à la première présidence. Jamais nomination ne fut mieux accueillie.
Vous avez fait son éloge, monsieur le Premier président, et vous avez trouvé dans la Bible les paroles qui s’appliquent à lui :
« Considère l’homme juste et celui qui est droit, car la fin d’un tel homme est la paix : il se repose de ses travaux, et ses œuvres le suivent ».
Théognis de Mégare avait exprimé un peu la même pensée en des termes différents, lorsqu’il disait : « Toutes les vertus sont comprises dans la justice : si tu es juste, tu es homme de bien ! ».
Vous disiez encore : « Tous les dons lui étaient échus en partage ; il avait une intelligence habile à pénétrer dans la plupart des domaines de l’esprit humain, secondée par une mémoire qui tenait du prodige. Sa conception du droit était large, dégagée des subtilités humaines, toujours en concordance, en parfaite harmonie avec les conceptions nouvelles qui s’adaptent aux légitimes évolutions sociales ».
Et vous ajoutiez : « Sur la jurisprudence de la cour suprême, il laisse une empreinte ineffaçable. Ses arrêts, plus nombreux qu’on ne le suppose en général, rédigés en style lapidaire, clairs et précis, allégés de toute considération inutile, restent de parfaits modèles ».
Oh, oui, ce sont des modèles, et aussi des enseignements. Quelles leçons pour ceux que tenterait la justice à tapage, la quêteuse de popularité qui déclame plus qu’elle ne décide, remplaçant le motif sérieux par quelque divagation contre les préjugés bourgeois ou les imperfections sociales ! C’est que la forme où se condense une vraie décision de justice ne laisse place ni aux essais de la polémique, ni, aux excès de la vanité. La République ne demande au juge que de juger. Je ne crois pas qu’il soit possible de juger mieux, de rédiger plus sobrement que ne l’a fait M. Ballot-Beaupré. Il a porté le style judiciaire au sommet de la perfection.
Pendant toute sa carrière, il a été la simplicité même. Il ne recherchait pas les distinctions, elles venaient à lui, et la plus rare, celle de grand-croix de la Légion d’honneur, lui fut attribuée. C’était un acte de justice.
Ses goûts modestes vous étaient bien connus. J’en retrouve une preuve dernière dans son testament : « Je veux que mes funérailles soient très simples, sans députation officielle, ni honneurs militaires, sans fleurs ni couronnes…Un avis inséré dans les journaux tiendra lieu d’invitation. Je devrai être enterré au cimetière du Père-Lachaise, dans le caveau de famille où reposent mon père et ma mère bien aimés ».
C’est de cet homme, monsieur le Premier président, que vous avez dit encore ceci : « Telles étaient son autorité morale, la dignité de son caractère, sa réputation de jurisconsulte, que, rapporteur d’une demande en révision d’une grave erreur judiciaire, il fut, au milieu des passions déchaînées, accepté en quelque sorte comme l’arbitre des partis ; et sa signature au bas de l’arrêt solennel de révision apparut comme le sceau de la vérité ».
Je ne dirai rien de plus de cette cause célèbre à laquelle furent mêlés, parmi ceux dont je viens d’évoquer le souvenir, messieurs, Loew, Ballot-Beaupré, Moras et Baudoin. La Cour de cassation s’est uniquement inspirée, comme toujours, de la loi et de la vérité. Vous êtes la justice !
Tels furent les nobles sentiments des magistrats que nous avons perdus. Ils ont tous été sans reproche devant la vie, sans peur devant la mort. Ne faut-il pas toujours être prêt à partir, surtout au temps où nous sommes ! Que si, parmi tous les hommes de notre âge, il s’en trouvait un qui, à son heure dernière, pût se lamenter, ce serait bien le cas de lui dire, avec le bon La Fontaine :
« Tu murmures, vieillard ! Vois ces jeunes mourir,
Vois-les marcher, vois les courir
A des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres, cependant, et quelquefois cruelles ».
Ah ! c’est à tous ces jeunes, à tous ces braves que sans cesse nous pensons au milieu même de nos travaux ! Notre douleur et notre admiration reconnaissante ne montent pas seulement vers ceux qui étaient la chair de notre chair, mais aussi vers tous les autres, tous les héros connus et inconnus. Puisse leur sacrifice préparer l’avenir meilleur ! Puisse leur vaillance terrasser à jamais les monstres stigmatisés d’avance par Victor Hugo, les peuples de proie, les créatures d’orgueil et d’envie :
« Adorant, nains hideux, leurs fautes colossales ! »
Et qu’il nous soit donné à nous, plus heureux que nos illustres devanciers, de vivre encore assez de jours pour voir nos soldats triomphants ramener la victoire du droit dans les plis glorieux de leurs étendards !
9 août 2008